09/11/2017

Les mots et la conscience

Écrire la conscience, c'est comme peindre une odeur ou tenter de reproduire le son d'une couleur, c'est toujours viser à côté, trahir, rater le coche.

Les mots et la conscience sont deux mondes inconciliables.

La conscience ne peut être mise ni en mots ni en couleurs ni en musique, elle est incommunicable.

La conscience est. Je la suis. Et ces mots sont tous faux.


Les mots, d'où qu'ils viennent, sont à la conscience ce que l'air que l'on déplace avec nos doigts est au cyclone dévastateur.

La conscience se rit de nos mots dérisoires, de nos prétentions littéraires, poétiques, philosophiques.

Je me ris des mots que j'écris.


Ce que vous pensez de ces mots, ce sont des mots que vous ajoutez par-dessus des mots. Ces mots sont dérisoires et ce que vous pensez de ces mots est dérisoire au carré.

Je ne pense rien de tous les mots écrits dans tous ces livres, ces bibles, ces essais philosophiques, ces textes sacrés, des mots et des mots et des mots à la pelle. Je n'en pense rien.

Je suis la conscience, je n'ai rien à faire de tous ces mots, ils ne concernent que ceux qui les écrivent, les ont écrits, les écriront.

Ceux qui se sentent concernés par les mots des autres consacrent leur attention à de petites flaques éparses et ne voient pas l'océan qu'ils sont.

Les mots ne sont en vérité qu'un divertissement, un jeu, ils ne seront jamais importants, jamais essentiels, ils sont quelques confettis lancés en l'air quand la conscience est le ciel tout entier.

Ne vous attachez pas aux confettis que je lance ici, regardez-les simplement pour ce qu'ils sont : un petit spectacle éphémère et dérisoire.

Alors que vous lisez ces mots, vous, vous qui les lisez, vous êtes la conscience, que vous en ayez conscience ou non.

05/11/2017

Approfondir

Étant donné que personne ne peut faire le chemin à ma place, je m'avance.

Je saute en moi-même, c'est-à-dire dans l'inconnu.

Si vous avez une idée de ce que vous allez trouver, vous ne trouverez que cette idée.

Les pensées des autres doivent toutes être remises en question et en cause. Si vous vous accrochez à une phrase lue ou entendue, c'est que vous avez déjà des points d'arrivée, des pensées toutes faites que vous avez empruntées.

Votre cerveau vous inventera un chemin, une chaîne logique de pensées pour aboutir à la pensée préétablie.

Il faut donc partir totalement seul, sans bouée, sans béquille, sans l'aide de personne.

Pour se découvrir, il faut tout découvrir.

Toutes les paroles de tous les sages de tous les temps sont à jeter à la poubelle.

Et là, seulement là, le premier pas est déjà un pas dans l'inconnu.

Je suis seul face à moi, seul en moi, seul devant moi, seul avec moi.

Mais comment pourrais-je être seul, si déjà il y a « moi » ?

C'est quoi « moi » ? Est-ce que ça existe vraiment « moi » ?

« Moi » est un mot de trois lettres, suis-je un mot de trois lettres ?

Évidemment que je ne suis pas ce mot-là, quand je n'ai pas ce mot à l'esprit, j'existe toujours, et si je ne suis pas « moi » comment pourrais-je être quelque mot que ce soit ?

Je ne suis aucun des mots, aucune des pensées.

Si je suis quelque chose, c'est l'espace qui contient tout, toute chose, toute image, toute pensée.

Je suis le mot « moi » autant que je suis le mot « hirondelle », pas plus, pas moins.

Les sens ne sont pas moi. Quand je ferme les yeux, je suis toujours moi, quand je me bouche les oreilles, le nez, toujours moi, quand je ne touche rien, ne goûte rien, je suis toujours moi.

Il y a des sensations de corps ressenties dans cet immense espace, espace infini. Est-ce « mon » corps ? Qui dit « mon » ?

« Mon corps » n'est qu'une idée. Sans cette idée, j'existe toujours.

Je n'ai aucune idée du prochain pas.

03/11/2017

Voir

Quoi que je dise, quoi que j'écrive, quoi que qui que ce soit dise ou écrive, c'est vous qui voyez.

Personne ne peut voir à votre place.

La vérité ne sera jamais dans aucun mot puisqu'elle est l'acte de voir, le fait d'être.

C'est la raison pour laquelle elle est incommunicable.

Pourquoi écrire alors ? Simplement sans raison.

Comme le soleil brille sans raison.

Comme la tempête souffle sans mission.


La plus belle poésie ne sera jamais au mieux qu'un infime reflet tordu du réel.

Le plus beau texte est à l'Être ce que l'allumette est à l'étoile.


Pourquoi écrire, pourquoi lire ? C'est vous qui voyez.

Je vois, j'écris, je vois ce que j'écris, j'écris ce que je vois.

Sans prétention aucune d'aider qui que ce soit à voir.

Si vous voulez y voir clair, ne plongez pas dans mes mots, plongez-vous en vous.