16/11/2015

6967

Il meurt +/- 6400 personnes toutes les 3600 secondes.

Si on ne peut vivre, sourire, prendre du plaisir ou rire parce que des êtres humains meurent dans le monde pendant qu'on vit, sourit, prend du plaisir ou rit, alors personne ne pourrait jamais vivre, sourire, prendre du plaisir ou rire dans le monde.

Soit on souffre parce que dans le monde des personnes souffrent, et ainsi on rajoute soi-même de la souffrance dans le monde, soit on ne rajoute pas de souffrance à celle déjà présente.

Rire, être en joie, c'est faire un doigt d'honneur à la mort.

La vie ne peut exister qu'avec la mort, elle ne peut exister que pendant la mort. Les deux ne font qu'une.

Oui, des gens meurent et sont morts, mais ça ne peut être une raison de ne pas vivre, sinon personne ne vivrait jamais.

Plus de 100 milliards d'êtres humains sont déjà morts sur Terre et les plus de 7 milliards actuellement présents, dont toi et moi, mourront aussi, mais ça ne peut être une raison de ne pas vivre, rire, sourire, ni une raison de s'obliger à souffrir.

13 commentaires:

  1. Je crois que vous n'avez pas bien compris. On ne s'oblige pas à souffrir. Le corps possède une voix, un langage, il raconte des choses et ce n'est pas un doliprane et un discours de bisounours qui calment la nausée, les courbatures, la fatigue.On ne raisonne pas le corps. Croyez-vous que l'on choisisse consciemment, délibérément, de se réveiller en état de choc avec le dos bloqué, la nausée, la migraine, des larmes plein les yeux, et une fatigue inexplicable ? Sait-on pourquoi cette réaction physique se manifeste, justement, le lendemain des attentats, et pourquoi elle perdure depuis ? Pourquoi, certains d'entre nous se sentent hébétés à ce point, comme si les événements récents avaient servi de révélateur à tout ce que nous refusions de voir, de prendre en compte, d'entendre, de vivre...comme si, d'un seul coup, nous prenions conscience de nos envies, de nos besoins réels, de tout ce sur quoi nous avions fait une croix, de tout ce que nous avons différé au point de l'oublier, de tout ce que nous avons refusé de voir. C'est comme si...bref ! C'est comme si on se rendait compte de tous les ratés, de tous les ratages, de tout ce que nous aurions dû faire avant...sauf qu'avant l'heure c'est jamais l'heure et qu'après l'heure, ben c'est plus l'heure...Voilà ! Et là, on se dit : "Ben, merde ! Ma vie, c'est pas ma vie ! Et demain n'est pas sûr... "

    J'ai réchappé, il y a quelques années, à une explosion, en Turquie( un 1/4 h après être sortie d'un souk). J'ai connu les soldats armés jusqu'aux dents. Les contrôles des sacs dans les magasins . Les soldats déployés partout sur le site d'Ephèse où, autrefois, nous nous baladions insouciants. Les corruptions policières aussi. Les regards mauvais. Sauf qu'à cette époque nous étions tellement heureux que rien ne pouvait venir entamer ce bonheur. Je crois que c'est ça la clef, j'aimerais que nous soyons à nouveau heureux à ce point...mais nous en sommes loin, nous avons laissé quelque chose nous échapper... s'abimer...et c'est ça que les attentats sont venus réactiver. C'est pour cela que la peine est si profonde. Et maintenant que c'est là, visible, il va falloir se dépêtrer avec,sans mode d'emploi.

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    1. Je sais qu'il n'y a pas de choix, que la souffrance n'est pas un choix. L'émotion n'est pas un choix, ce que le corps ressent non plus.

      Et sans que ce soit un choix, certains s'obligent à souffrir face à la souffrance, je ne parle pas de ces jours-ci où la tristesse ressentie face aux évènements est évidemment spontanée. Je parle en général de ce qui se passe dans le monde. Je dis que parfois il y a comme un impératif qui dit "si je sais que quelqu'un souffre, il faut que je souffre aussi", comme si cette voix disait "si tu ne souffres pas, tu manques d'humanité" or je remets cela en question. Le fait de ne pas souffrir face à une souffrance, n'est pas un manque d'empathie.

      Chaque jour, des hommes, des femmes, des enfants meurent à divers endroits du globe, des suites d'attentats, de violences, d'agressions, etc. Le nombre de kilomètres qui nous séparent de la personne morte ou en souffrance ne change foncièrement rien à l'évènement ni à cette souffrance. La souffrance d'un être ne vaut pas davantage parce que cet être souffre plus près de soi que celle d'un autre qui souffre à des milliers de kilomètres.

      On nous attaque "chez nous", voilà qui choque et qui fait peur et qui rend triste, c'est naturel, mais chaque jour sur Terre des êtres humains sont attaqués "chez eux".

      C'est en ayant cette pensée, ce contexte plus général en tête que j'ai écrit ce post 6967.

      Face à cette souffrance quotidienne mondiale, soit on souffre aussi, et on ajoute donc ainsi de la souffrance à la souffrance, soit on ne souffre pas. Mais je ne dis pas que c'est un choix.

      Si on souffre parce que des êtres ont été lâchement pris pour cible à Paris, alors il faut souffrir tous les jours, car ça se passe tous les jours au moins à un endroit sur Terre.

      Or je dis que la joie et la souffrance existent conjointement sur Terre, à chaque instant, et que bien que d'autres souffrent, on peut expérimenter la joie. Le fait que d'autres souffrent ne peut être une raison de s'obliger à souffrir. Mais je sais que l'être humain ne peut s'empêcher de ressentir ce qu'il ressent, je sais qu'il n'y a pas de choix.

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    2. https://www.youtube.com/watch?v=PN4BVy17Gj0

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    3. C’est facile… ;-)
      Il y a quelques semaines de cela, bien avant les attentats, j’ai adhéré à un site de généalogie. Du côté maternel , l’arbre se déploie gentiment de la Flandre au Luxembourg. Et avec de la patience, quelques voyages, de l’aide aussi, je pressens que les ramifications porteront des bourgeons et que tout cela retissera du lien et une histoire commune. C’est cela qui est beau.
      Maintenant, si je me tourne du côté paternel, je n’ai qu’un seul individu : un état civil, une date de naissance et le nom d’une ville en Iran. Je ne peux entamer, ni poursuivre aucune recherche, faute de circuler dans un pays où, certes, je pourrais faire du tourisme… à mes risques et périls…mais où je ne serais pas libre de circuler, encore moins d’investiguer… C’est embêtant, oui on va dire « embêtant », euphémisme poli, parce que l’identité d’une personne, et peut-être son âme, passe par ses racines. Lorsque je sonde les yeux de mes ascendants flamands, je n’y retrouve ni la forme, ni l’iris, dont j’ai hérité. La seule personne dont j’ai croisé un regard en tout point gémellaire au mien : même iris, mêmes nuances, même contour et même forme des yeux, est un parfait inconnu pour moi. Sauf qu’il est afghan. Il s’agit d’ Atiq Rahimi. Et la ressemblance ne s’arrête pas là : même carnation, même couleur de cheveux. Bref ! Ce type que je ne connais pas, me ressemble plus que tous ces gens que je connais…N’est-ce pas ironique ? Pouvez-vous imaginer ce que je ressens ?

      A qui donc, à quoi donc, au fait, dois-je ce vide insupportable qui me condamne à me chercher à travers des regards inconnus ? A un malade mental, affublé d’une barbe pouilleuse et d’un turban crasseux qui, en 1979, éructait des imprécations religieuses où la haine de l’autre tenait plus de place que l’amour du prochain. Cet islamiste (mais attention, pas d’amalgames ! ;-)) m’a tout bonnement amputée de la moitié de moi-même. Je me suis fait une raison. Chacun chez soi ! Ok !
      Sauf, qu’aujourd’hui, d’autres barbus crasseux, d’autres tarés enturbannés, tout aussi haineux, tout aussi indigents intellectuellement, cherchent à m’amputer, CHEZ MOI (il faut quand même bien que j’aie un chez moi !!) de la seule moitié de moi-même qu’il me reste !
      Comment croyez-vous que je le vive ?

      Vous m’objectez que l’affliction qui me terrasse, aujourd’hui, est dû au fait que ce sont des parisiens qui ont été pris pour cibles. C’est faux ! Cette peine, je la porte en moi depuis toujours, il y a longtemps qu’elle n’a plus de frontières.

      Savez-vous pourquoi toutes les photos que je prends ont pour objet et pour sujet des fleuves, des rivières, des marais ? Parce qu’on ne s’enracine pas dans l’eau, on dérive…Mes seules racines, c’est ma culture. Ma culture, c’est Molière, Racine, St Simon, Montesquieu, Rabelais, Proust, Flaubert et la Constitution de 58 ! Mes seuls compatriotes, quelles que soient leur couleur, leur origine, leur confession, sont ceux qui partagent avec moi les valeurs véhiculées par cette culture de liberté, d’égalité et de fraternité . Avez-vous remarqué que tous ces barbus crasseux ont pour point commun : leur inculture crasse ! Avez-vous remarqué que toutes ces pauvres filles qui se déguisent en Belphégore ont , elles aussi, un point commun : celui de n’avoir jamais souffert dans leur chair, dans leur identité et dans leur vie, de la terreur d’un régime islamiste. Celles qui savent …fréquentent les terrasses de café, le vendredi soir, à visage découvert.

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    4. Toute l'humanité a une histoire commune. Nous avons tous un ancêtre commun.

      "sa lignée à soi" n'est qu'une petite histoire sans réelle importance de la grande histoire que nous avons tous en commun...

      Je n'ai qu'une famille : l'humanité ; je n'ai qu'une seule identité : être humain.

      Évidemment j'ai moi aussi une histoire, une culture, une couleur de peau et de cheveux, des parents avec leurs origines, leur culture, leur couleur de peau et de cheveux mais cela ne prend que peu de place en moi, je n'y accorde pas grande importance.

      Je vis l'essentiel ailleurs : dans mon humanité commune avec chacun.

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    5. Oui, moi aussi, moi aussi j'ai vu Mowgli...et alors ? Excusez-moi de vouloir me sentir plus proche de mon père et de ma mère que du roi Louis (notre ancêtre commun ?), je n'ai pas pu remonter si haut dans les branches de mon arbre !
      http://dai.ly/x6z4wh




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    6. Merci à Aukazou d'avoir partagé son parcours et sa manière de voir les choses. C'est très réconfortant de lire ce genre de témoignage. La réponse de Cédric me semble assez confuse par contre. Moi je pense que quand on commence à voir l'ancètre commun, c'est qu'on a trop dézoomé. Quant à l'argument de dire qu'on a tous des cheveux, cela n'explique finalement pas grand-chose (surtout pour les plus chauves d'entre nous).

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    7. Aukazou > Vous vous excusez souvent... Je vous l'ai déjà dit : je vous pardonne.

      Fernand > Je pourrais dézoomer encore et parler des ancêtres communs que nous avons avec les extra-terrestres. (qui n'ont pas souvent des cheveux)

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    8. Dites donc ! Je vais déboucher le champagne ! C'est bien la première fois que Chocapic me dit un truc gentil ! ;-)

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    9. J'ai plus d'affinités avec les extra-terrestres qu'avec certains humains (je pense en particulier aux extra-terrestres qui passent la journée à se faire des couettes).

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